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Les
passages en italique sont extraits de la Bible du chanoine Osty
En réponse aux hypothèses discutables du Da Vinci Code, mon étude est volontairement succincte et se limite à
l'explication historique de l'événement. La lecture
spirituelle du texte a été abordée par Albert
Vanhoye, importante personnalité de l'Eglise proche du Pape,
dans son ouvrage intitulé "Le don du Christ".
Diaspora de Blesle
Ma thèse est la suivante: cette épître s'adresse
aux descendants des Hébreux qui, après l'exil de
Babylone, se sont réinstallés dans le nord de la
Palestine – ancien royaume d'Israël et Syrie en partie - et aussi, en Espagne et en Gaule,
notamment à Gourdon, au pied de Bibracte (Mont-Saint-Vincent) en Saône-et-Loire et à Blesle, en Auvergne.
Regroupés autour de communautés saintes, dites
esséniennes par les auteurs qui en ont parlé, leur
double capitale, Gamala/Bethsaïde, domine la mer de Galilée,
alias lac de Tibériade, alias lac de Gennesareth. L'historien
Flavius Josèphe les désigne sous le nom générique
de Galiléens, parfois de Babyloniens. Tout cela, je l'ai
expliqué dans mes ouvrages.
1,1-2. Après avoir parlé jadis à nos
pères par les Prophètes, Dieu, en cette fin des jours,
nous a parlé par le Fils qu'il a établi héritier…
Cet héritier, quel est-il ? Ce ne peut être qu'un
descendant d'Abraham dans la longue lignée des chefs d'Israël
d'avant l'exil de Babylone, pendant et après. Or, dans mon
Histoire de Bibracte, Dieu caché, j'ai expliqué
que Moïse, de même qu'Adam, de même qu'Abraham qui
vécut 175 ans, n'était pas un individu mais un conseil,
un conseil qui agissait comme un seul homme. Cet héritier
ne peut donc être qu'un conseil et non un individu. Dans le
pays, l'histoire n'a retenu en mémoire qu'un conseil qui
puisse prétendre au titre de conseil de Dieu. Il s'agit du
conseil suprême de la communauté essénienne. Au
temps des documents de Qumrân, il était composé
de douze membres représentant les douze tribus d'Israël
dispersées dans le monde et de trois prêtres.
Ce conseil de Dieu s'inscrit dans la lignée directe d'Abraham
et de David. Opposé aux Juifs du Sanhédrin de Jérusalem
dont la filiation davidique n'est pas prouvée, il se considère
comme fils de Dieu – ce qui n'a rien d'original pour l'époque
– mais surtout comme héritier légitime et Fils
unique, désigné et annoncé par la parole de Dieu
qui s'est exprimée dans les textes prophétiques de
l'Ancien Testament.
1,3. Resplendissement de sa gloire et empreinte de la
substance de Dieu, ce (Fils)… après avoir fait la
purification des péchés, s'est assis à la droite
de la Majesté dans les hauteurs…
Traduction: resplendissant de la sagesse divine et image de Dieu
suivant la croyance essénienne de la correspondance entre le
ciel et la terre, ce conseil se trouve tout naturellement chargé
d'une lourde responsabilité, celle de s'opposer au pouvoir en
place quand celui-ci s'écarte de la voie qu'il considère
comme juste. Voilà pourquoi le pouvoir juif de Jérusalem,
allié à l'occupant romain, a fait crucifier les membres
de ce "conseil de Dieu" qui s'opposait à lui.
Mais le fait nouveau, c'est que non seulement ce conseil ne se dérobe
pas mais qu'il se livre de lui-même, d'une part pour éviter
que la répression s'abatte sur l'ensemble de la communauté,
mais aussi et surtout, en s'offrant comme un agneau sans tache pour
le rachat de tous les péchés passés et présents
d'Israël. C'est ainsi qu'en montant sur la croix, les
représentants des douze tribus ont purifié les
communautés qui en sont issues, y compris dans la diaspora. Le
péché d'Israël, qui irritait Yahwé, a été
effacé.
Le monde judaïque de la diaspora, purifié et de nouveau
rassemblé avec ceux qui, en Palestine, se considèrent
comme des Juifs/Hébreux authentiques, devra dorénavant
reconnaître comme seul pouvoir légitime le nouveau
conseil de Dieu qui succèdera à Gamala au conseil
disparu, et comme seule assemblée représentative,
l'assemblée essénienne des Nombreux.
2,9. Celui qui a été pour peu abaissé
au-dessous des anges, Jésus…
Il s'agit là, peut-être, d'une évocation du
tétramorphe antique, tel que je l'ai expliqué dans mes
ouvrages. Les anges sont l'aigle, le lion et le bœuf qui ont
été honorés par la rédaction de trois
évangiles, celui de Jean, premier, celui de Marc, deuxième,
et celui de Luc, troisième. Il s'agit donc de relever la
quatrième figure du tétramorphe, symbole de l'homme,
Matheus, par un quatrième évangile. Ce sera l'évangile
de Mathieu.
Remarquons tout d'abord que la quatrième figure du tétramorphe
est, dans le ciel, à la droite de Dieu. Il ne peut s'agir que
du Fils de l'homme qu'Enoch voyait dans le ciel, ce que confirme
l'évangile de Mathieu. C'est là qu'il faut comprendre,
que le symbole du Fils de l'homme n'est pas le même que celui
de Jésus. Jésus est l'esprit ou la parole que Dieu
envoie sur terre. Quand il remonte au ciel après avoir "goûté
la mort" dans les membres crucifiés du conseil essénien,
en principe, c'est dans le sein de Dieu qu'il devrait retourner,
autrement dit dans la mandorle de gloire du tétramorphe. Mais il faut bien comprendre que l'asseoir également à la droite du père
dans le symbole du Fils de l'homme est une image potentiellement très
riche sur le plan symbolique.
Par son passage dans l'humanité souffrante, ce Fils de l'homme
est revenu (dans le tétramorphe ?) couronné de gloire.
… nous le voyons couronné de gloire et d'honneur à
cause de la mort qu'il a soufferte.
2,10. Il convenait en effet que, devant conduire à
la gloire (au martyre) un grand nombre de fils (de
saints), celui pour qui sont toutes choses et par qui sont toutes
choses rendit parfait par des souffrances, l'initiateur de
leur salut.
Bref, l'évangile de Mathieu est donc bien, comme je l'ai
expliqué dans mes ouvrages, l'histoire de la vie et de la mort
d'un Jésus du ciel qui est venu s'incarner dans le conseil de
Dieu des Esséniens. A noter que dans la hiérarchie
essénienne, il y a les saints et, au-dessus, les parfaits.
Dans cette épître, ce sont les souffrances qui ont rendu
totalement "parfaits" les membres du conseil crucifiés.
5,9. Rendu parfait, il devint pour tous ceux qui lui
obéirent cause de salut éternel, proclamé par
Dieu grand prêtre selon l'ordre de Melchisédech.
Ressuscité dans le ciel, le conseil martyr peut dès
lors intercéder auprès de Dieu en faveur de tous ceux
qui, dans une foi renouvelée, ont fait preuve d'obéissance,
et cela bien mieux que n'importe quel grand prêtre passé,
présent ou à venir. Exit donc le grand prêtre –
concurrent – de Jérusalem dont les sacrifices animaux se
révèlent inefficaces. Par ailleurs, si Melchisédech
a béni Abraham, cela signifie que c'est lui le premier grand
prêtre, bien avant Aaron. Exit – théologiquement –
le grand prêtre de Jérusalem qui s'inscrit dans la
lignée d'Aaron. Cette prédilection pour Melchisédech
est typiquement essénienne.
6,1. C'est pourquoi, laissant l'enseignement du
début sur le Christ, portons-nous vers ce qui est parfait,
sans jeter de nouveau le fondement?
En effet, dès lors que l'Oint du Seigneur – autrement
dit Christ – s'est révélé d'une façon
parfaite dans le saint conseil crucifié, il devient dès
lors inutile de discourir sur le fondement des évangiles (ce
que j'ai fait dans mes ouvrages). Pensons plutôt à
appliquer le nouveau programme qui nous conduira à la
résurrection.
6,10. Car Dieu n'est pas injuste au point d'oublier…
l'amour que vous avez montré… en servant les Saints et
en les servant encore…
Ces saints sont les Esséniens. Vivant au sein de communautés
de type monastique, ils "fécondent" le peuple dont
ils sont issus en lui donnant à boire de la parole, mais aussi
en lui montrant l'exemple du travail manuel bien fait. En
reconnaissance, les populations leur apportent leur soutien.
6,19. Dans l'espérance qui nous est proposée,
nous avons comme une ancre de l'âme, sûre et ferme, et
qui pénètre par-delà le rideau, là où
Jésus est entré pour nous en avant-coureur, devenu
grand prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech.
Il s'agit là de l'image de l'oppidum/sanctuaire du ciel.
Traverser le rideau, c'est entrer dans le sanctuaire invisible de
Dieu.
Dieu de Gourdon
7,14. Il est notoire, en effet, que notre Seigneur a surgi
de Juda, tribu dont Moïse n'a rien dit au sujet des prêtres.
Exit de nouveau le grand prêtre de Jérusalem choisi dans
la tribu de Lévi. Deviennent dès lors illégales
les dîmes que les Pharisiens du temple nous demandent.
9,12. Il a pénétré une fois pour
toutes dans le sanctuaire, non par le sang de boucs et de veaux, mais
par son propre sang, après avoir acquis un éternel
rachat.
Dès lors qu'un sang bien supérieur à celui des
animaux a été versé pour le rachat de nos péchés
et pour nous ouvrir la porte du ciel, que valent les sacrifices qui
se poursuivent dans le temple de Jérusalem ? Faisons la grève
des impôts et ne fournissons plus au temple des animaux de
sacrifice, pigeons ou autres, car cela nous coûte cher et ne
sert à rien.
9,22. Et, selon la Loi, presque tout est purifié par
le sang, et sans effusion de sang il n'y a pas de rémission.
Si donc les copies (terrestres) des choses qui sont dans les cieux
doivent être purifiées, les choses célestes
doivent l'être par des sacrifices meilleurs.
Cette croyance que les choses de la terre sont des copies de choses
qui sont dans le ciel est typiquement essénienne. Il faut la
rapprocher de la théorie de Platon sur les idées. A
noter également que les auteurs de cette épître
croient toujours que le pardon des péchés ne peut avoir
lieu que par un versement de sang, ce qui est étonnant.
Toutefois, ils affirment qu'il ne peut y avoir de sacrifice de sang
plus parfait que celui du haut conseil qui vient d'avoir lieu, que
dans l'avenir, il ne pourra jamais y en avoir de plus parfait, et que
par conséquent, les sacrifices de sang, quelqu'ils soient ,
doivent s'arrêter.
Fresque du choeur de Gourdon
9,24. Ce n'est pas dans un sanctuaire fait à la
main, réplique du véritable, que Christ est entré,
mais dans le ciel même pour paraître maintenant devant la
face de Dieu en notre faveur.
A la différence du grand prêtre qui entre dans un
sanctuaire terrestre – le temple de Jérusalem –
réplique de celui qui est dans le ciel, Christ est entré
dans le véritable.
10,19. Ayant donc, frères, l'assurance d'une voie
d'accès au sanctuaire par le sang de Jésus, cette voie
qu'il a inaugurée pour nous, récente et vivante à
travers le rideau – c'est-à-dire sa chair – ainsi
qu'un prêtre éminent à la tête de la maison
de Dieu, avançons avec un cœur sincère…
De même que le grand prêtre traverse un rideau pour
entrer dans le Saint des Saints du temple, Jésus franchit le
rideau, mais le véritable, celui qui sépare le monde
des hommes de celui de Dieu. Ce rideau, c'est sa chair. Cette
dernière phrase est importante. Elle signifie que le ciel des
Esséniens, avec son tétramorphe antique, est, à
cette époque, une allégorie, mais aussi un support et
une aide pour élever la pensée au niveau de la
métaphysique. Dès lors qu'on a compris cela, tout ce
qui suit sur la patrie céleste, la cité de Dieu, le
repos de Dieu, est susceptible d'interprétations théologiques.
Philon d'Alexandrie confirme cette tournure de pensée
typiquement essénienne; c'est au moyen de symboles,
écrit-il, que l'enseignement est donné chez eux,
suivant une antique méthode de recherche.
10,37. Car vous avez besoin de constance, afin qu'ayant
fait la volonté de Dieu, vous bénéficiez de la
promesse. Car encore un peu, bien peu de temps; celui qui doit venir
arrivera et il ne tardera pas.
La fin des temps étant proche, ce sera le jugement. Après
s'être offert une seule fois pour porter les péchés
d'un grand nombre, le Christ apparaîtra une seconde fois, sans
péché, à ceux qui l'attendent pour leur salut
(9,28).
Nous sommes à un tournant de l'Histoire. Entre un monde romain
nourri de culture grecque et une pensée juive revenue de
l'exil de Babylone qui s'est répandue dans tout le monde de la
diaspora, le conflit était prévisible. Il éclatera
en l'an 70. Ce sera la terrible guerre de Jérusalem qui verra
la victoire de Rome. Mais contrairement à ce que l'épître
annonce, Jésus ne se manifestera pas et Jérusalem sera
détruite.
Relatant cette guerre où le sang coula à flot, avec des
crucifixions innombrables, Flavius Josèphe écrit: Comme
la pierre (lancée par les catapultes ) était blanche,
les guetteurs des tours les voyaient venir, et ils donnaient l'alerte
en criant: "Le Fils arrive!"
Ésséniens du nord et
Ésséniens du sud
13,7. Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont annoncé
la parole de Dieu, et considérant l'issue de leur carrière,
imitez leur foi.
Les chefs dont il s'agit sont les prophètes et les conseils de
communautés diverses, voire dissidentes qui, en annonçant
la parole de Dieu, sont morts sous le glaive – comme
Jean-Baptiste à Macheronte – ou sur la croix – comme le Jésus
de Marc à Tibériade. L'épître aux Hébreux leur rend hommage
comme des précurseurs mais considère seulement comme
parfait, le sacrifice du conseil suprême essénien dont
l'évangile de Mathieu relatera l'histoire.
Ce conseil suprême siège toujours à Gamala. Mes
recherches m'ont permis de lui retrouver son nom : Simon. Mais à
Jérusalem, une colonie essénienne – préchrétienne
- a prospéré. A cette colonie, il faut un conseil. Le
nom de ce conseil ne peut être que Jacques (cf. les Actes des
Apôtres). Or que dit l'historien Flavius Josèphe? Que
Tibère Alexandre fit crucifier Jacques et Simon, fils de
Judas de Galilée, qui du temps que Cyrénius faisait le
dénombrement des Juifs, avait sollicité le peuple à
se révolter contre les Romains.
Cela s'est passé en l'an 48.
La question maintenant est de savoir pourquoi Flavius Josèphe
présente Jacques et Simon comme des individus et non comme des
noms de conseil. Aurait-il été tenu par des serments
qu'il aurait faits au temps de sa jeunesse, à l'occasion d'un
stage d'initiation chez les Esséniens, c'est possible ? Si
dans ses ouvrages, il avait dit ce que, forcément il savait,
je n'aurais pas besoin, aujourd'hui de décrypter ce texte.
13,8. Jésus Christ est le même, hier,
aujourd'hui et à tout jamais.
Alors que le Jésus de l'évangile de Jean diffère
quelque peu de celui de Marc – d'où de probables
polémiques - les auteurs de cette épître ont
compris que seuls la conciliation, le rapprochement et le dépassement
allaient permettre à la Nouvelle Alliance de prospérer.
Cela donnera l'évangile de Mathieu. Il fera la synthèse
et affirmera le dogme.
13,14. Nous n'avons pas ici de cité permanente, mais
nous recherchons celle de l'avenir.
Il s'agit là d'une profession de foi : l'homme ne fait qu'un
passage sur terre. En attendant de jouir du repos de Dieu dans la
cité céleste, louons le Seigneur.
Par lui donc (Jésus), offrons à Dieu en tout temps
un sacrifice de louange, c'est-à-dire le fruit de lèvres
qui professent son Nom.
Et voilà que nous revenons aux Esséniens des rouleaux
de la mer Morte. Pour eux, l'offrande des lèvres était
bien supérieure aux sacrifices d'expiation.
Ainsi se termine, selon moi, cette fabuleuse épître aux
Hébreux. Le paragraphe qui termine le texte ne fait
manifestement pas partie de l'original. Il a été
rajouté par Paul. C'est une sorte de "transmis" dans
lequel l'apôtre des Gentils ajoute quelques exhortations à
l'intention de ses ouailles.
Nous avons donc dans cette épître l'illustration la plus
évidente de la méthode de recherche des Esséniens
qu'évoque Philon d'Alexandrie. Ce procédé qui
consiste à écrire un texte avec des citations bibliques
parfois mises bout à bout et à sens supposé
caché avait apparemment pour but de montrer que les événements
relatés au présent avaient déjà été
annoncés dans le passé par une parole de Dieu qui
s'était exprimée dans les anciens livres sacrés,
mais d'une façon énigmatique et dispersée.
Au moment où j'écris ce texte, je ne sais pas comment
il sera reçu. Peut-être faudra-t-il plus de vingt ans
pour qu'on le prenne en considération.
Mais il faudra bien, un jour, que l'homme se regarde tel qu'il est,
sans pour cela renier, ni son histoire, ni sa spiritualité,
sans renoncer non plus à ses possibilités d'évolution.
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