Lettre ouverte à MM. les cinq cent soixante-dix-sept députés
de l'Assemblée Nationale au sujet de l'erreur de localisation de
Bibracte au mont Beuvray
Monsieur le Député,
Par lettre en date du 13 janvier 1997 - cela fait un an et vingt jours
- M. le docteur Beaumont, député de ma circonscription, a
demandé à M. le Ministre de la Culture de bien vouloir lui
communiquer, compte tenu de l'importance de cette affaire, le bilan
des fouilles exécutées au mont Beuvray et les conclusions
dégagées par les experts. Le Ministre de la Culture
n'a pas répondu et ne répond toujours pas.
Cette affaire vous concerne, vous aussi.
En effet, je ne sais pas si c'est Jaurès ou un autre qui voulait
que l'on fusille le capitaine Dreyfus , ce dont je suis certain, en revanche, c'est que le site de Bibracte ne
s'est jamais trouvé au mont Beuvray, ni celui de Gergovie sur le
plateau de Merdogne. Ce que les électeurs demandent à leurs
représentants au parlement, c'est qu'ils interrogent le gouvernement,
non pas sur les erreurs de la IIIème République, mais sur
celles de la Vème.
Voyez le Président de la République! Que ce soit à
l'occasion des cérémonies commémoratives du 14 juillet,
pour redonner Jeanne d'Arc à tous les Français, ou pour rappeler
le souvenir du baptême de Clovis, chaque fois, il a fait preuve de
la dignité qui convenait, prononçant, chaque fois, les mots
justes qu'il fallait dire.
Paraphrasant Emile Zola, je pousse néanmoins un cri d'alarme: «Quelle
tache de boue, ce serait pour notre pays et pour ceux qui ont en charge
les affaires de l'État, si l'explosion de la vérité
concernant les sites prestigieux de nos deux premières capitales,
Bibracte et Gergovie, venait de l'initiative d'une presse étrangère.»
Curieuse affaire, que cette officialisation de Bibracte sur le site erroné
du mont Beuvray, par M. François Mitterrand! Surprenant, ce grand
chantier de l'ancien président de la République, avec son
musée celtique et son centre archéologique européen
qui sèment aujourd'hui, à tous vents - sous votre législature
- notamment par la voix de leur site internet, la plus grande erreur
archéologique et historique de tous les temps!
«La France gardera longtemps sur la joue le souvenir cuisant de son
manque de réflexion, et l'Histoire écrira que c'est en pleine
décadence de notre République que notre peuple a répandu
dans le monde entier cette scandaleuse erreur.»
M. Charles Millon, Ministre de la défense, m'avait fait
savoir, en son temps, par une lettre de son chef de cabinet civil que mon
dossier avait retenu toute son attention et qu'il avait donné des
instructions pour qu'on l'étudie sur le plan historique .
N'aurait-il pas été de l'honneur du Service historique de
l'Armée de rétablir la vérité sur la naissance
de notre patrie face à un professeur du Collège de France,
titulaire de la chaire des Antiquités Nationales, qui se plaît
à asséner "que la patrie gauloise est un mythe ",
slogan qui ne veut pas dire grand chose? Décidément, les
tribunaux militaires ne veulent plus trancher sur les cas qui posent problème
depuis qu'ils se sont fourvoyés dans l'affaire Dreyfus.
«Telle est la vérité, M. le Député; elle
est grave.» Permettez-moi de citer encore Emile Zola: ce n'est
pas que je désespère le moins du monde de son triomphe. Je
le répète avec une certitude plus véhémente:
la vérité est en marche, et rien ne l'arrêtera. Quand
on enferme la vérité sous terre, elle s'y amasse, elle y
prend une force telle d'explosion que le jour où elle éclate,
elle fait tout sauter avec elle.
FAUT-IL ACCUSER l'entourage de l'ancien président de la
République de n'avoir pas cherché à rétablir
la vérité, dès lors que mes livres avaient révélé
l'erreur de localisation du site de Bibracte d'une part, et que, d'autre
part, François Mitterrand avait pris ses distances dans sa dernière
interview, en rejetant sur l'historien la responsabilité de l'interprétation?
M. Jack Lang avait raison de souligner que la construction du Centre Archéologique
Européen, avec son musée consacré aux Celtes, devait
marquer le point culminant d'un projet de grande envergure au bénéfice
d'une archéologie française en quête de reconnaissance
nationale et internationale . M. Jack
Lang avait raison... à condition toutefois de ne pas se tromper
de site.
FAUT-IL ACCUSER le Ministère de la Culture, la Direction
du Patrimoine, la Sous-direction de l'Archéologie, le Conseil de
la recherche archéologique, le Conseil scientifique du mont Beuvray
et le Centre archéologique européen, de négligence
et de gaspillage de l'argent public?
Négligence pour avoir pris pour argent comptant, sans vérifications
sérieuses, les peu rigoureuses traductions des textes antiques qui
ont évoqué le site de Bibracte, notamment celle que le professeur
Constans a faite, en 1926, des Commentaires de César sur la guerre
des Gaules en essayant de la faire coller aux thèses erronées
du Second Empire.
Négligence pour n'avoir pas demandé à des spécialistes
militaires de comprendre sur le terrain ces textes anciens.
Négligence et précipitation pour avoir monté une opération
coûteuse et risquée avant que les fouilles archéologiques
ne livrent leur verdict, et sur le site de Montmort, lieu supposé
de la bataille de César contre les Helvètes, et sur le mont
Beuvray, déclaré site national de Bibracte sans aucune preuve.
Gaspillage de l'argent public, en octroyant sur une longue durée,
pour une simple opération de fouilles, des subventions extrêmement
importantes sans que les résultats soient à la hauteur des
dépenses engagées.
Peut-on encore leur accorder des circonstances atténuantes quand,
après mes différentes publications et mes très nombreuses
mises en garde, les responsables ne se sont pas donné la peine de
réviser leur position? Refusant le débat, ne répondant
ni aux lettres, ni aux articles dispensés au compte-gouttes par
quelques journaux locaux très réticents, non seulement ils
persistent dans leurs errements, mais ils en ont fait, au travers de leur
site internet, une montagne d'une telle absurdité que lorsqu'elle
s'écroulera, elle ébranlera dans sa chute, à la fois
notre crédibilité intellectuelle et notre prestige national,
en France comme à l'étranger.
Comment se fait-il qu'ils ne se rendent pas compte qu'ils vont à
l'encontre de leurs missions institutionnelles en soutenant une thèse
archéologique erronée qui entraîne de graves incompréhensions
historiques, bloquant d'une façon absurde la valorisation de notre
patrimoine, le développement du tourisme et de l'emploi?
Comment se fait-il que le Ministre de l'Education Nationale conseille aux
enseignants cette thèse archéologique erronée en l'accompagnant
de textes complètement farfelus qui dénigrent nos personnages
historiques?
Face à ces signes inquiétants de dégénérescence
civique, permettez-moi, M. le Député, de défendre
la mémoire des Eduens Divitiac, Dumnorix et Sacrovir, des Arvernes
Vercingétorix, Critognatos et Vercassivellaunos, de César
Constance Chlore, des empereurs Posthumus, Magnence, Julien, Avitus, du
gouverneur Vindex et autres héros amoureux de notre patrie qui nous
ont légué un patrimoine architectural dont la splendeur n'a
d'égale que l'incapacité de nos historiens à le comprendre.
En me faisant le défenseur de ces héros disparus et en portant
les précédentes accusations, je n'ai qu'une passion, celle
de la vérité, et j'espère que vous aurez à
cœur de demander à Madame le Ministre de la Culture qu'elle nous
la dise enfin, la vérité... toute la vérité.
Veuillez agréer, monsieur le Député, l'assurance de
mon profond respect.
Dans le style d'Emile Zola, en moins violent.
A Cabillodunum, le 3 février 1998, cent ans et vingt jours
après l'article de l'Aurore.
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