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Madame,
Il est écrit
dans un livre que vous avez certainement lu que lorsque des réunions de travail
se tiennent, probablement au Centre archéologique européen, il arrive que l'on
fasse des plaisanteries aux dépens d'historiens qui auraient découvert... un
nouvel Uxellodunum... une nouvelle Gergovie... ou... .
Permettez-moi d'aborder la question avec un peu plus de gravité.
C'est l'histoire
d'un château qui menaçait ruines. Comme je voulais attirer l'attention de
l'opinion par la rédaction d'une notice historique le concernant, j'ai été
amené à reprendre le Gaffiot de ma jeunesse et à me
replonger dans les Commentaires de Jules César sur la guerre des Gaules.
C'est en retraduisant certains passages que je me suis aperçu que mes
prédécesseurs avaient commis de graves erreurs de traduction et d'interprétation.
Cela concerne le mont Beuvray.
Devant les
difficultés que j'ai rencontrées dès le début pour faire partager mes doutes , notamment au sein de ma société d'histoire et d'archéologie, je me suis
vite rendu compte qu'il n'y avait qu'une seule solution pour que l'on prenne
mon argumentation au sérieux : la mettre par écrit. N'ayant pu obtenir le
soutien du ministère de la culture de l'époque , j'ai publié,
moi-même, mes ouvrages à partir de 1992.
Contrairement à
ce que j'espérais, mes mises en garde n'ont pas été entendues, ni par la
presse, ni par le ministère de la Culture, ni par MM. Goudineau
et Guichard qui n'ont jamais répondu aux lettres que je leur ai envoyées.
Aujourd'hui, ces
deux hauts responsables ont durci leurs positions, poussant l'archéologie
française et notre histoire antique au paradoxe : La Gaule, ça n'est
rien, ça n'existe pas... Au regard d'autres ennemis de Rome, Vercingétorix fait
piètre figure. Il n'a pas de personnalité... . Et, comme au temps de Rome qui célébrait
le triomphe de ses généraux victorieux au retour des champs de bataille, voici
qu'une revue fait paraître un étonnant panégyrique intitulé "Christian Goudineau, le Gaulois magnifique" .
Que M. Goudineau veuille casser la vieille image du barbare
gaulois, je suis d'accord avec lui, mais pas au prix du dénigrement de nos
personnages historiques et de nos lieux de mémoire.
Après
l'abandon de la thèse de Montmort où Bulliot situait
le lieu de la défaite des Helvètes et des Boïens, MM.
Goudineau et Vincent Guichard se sont retranchés derrière
les deux seuls arguments qui leur restent pour défendre la thèse de Bibracte au
mont Beuvray : 1° les importants débris
d'amphores et 2° la grande quantité de monnaies exhumées.
En ce qui
concerne les importants débris d'amphores, j'ai expliqué dans mon site internet que cela ne
pouvait se comprendre que par le fait du passage au mont Beuvray
d'une importante troupe militaire (les Germains d'Arioviste), puis d'une
population boïenne en cours d'émigration qu'il a
fallu ravitailler. Ceci va dans le sens de ma thèse "mont Beuvray/Gorgobina", site stratégique de première importance,
premier objectif de Vercingétorix dans sa guerre contre les Romains. Preuve
supplémentaire de la présence des Germains au mont Beuvray,
la fameuse bataille de Magetobriga citée également
par César mais aussi par Cicéron, qui les opposa aux Gaulois, et que je situe
au pied de la hauteur, à Mesvres ... localité
antique plusieurs fois citée dans les chartes sous le nom de Magobrium .
Quant à
l'importante quantité de monnaies retrouvées - c'est là le
principal objet de ma lettre - je me permets d'attirer votre attention (bien
que ce ne soit qu'un aspect du problème).
En effet, en
appliquant la méthode des cercles de répartition de M. Colbert de Beaulieu, on
est bien obligé de constater que malgré les fouilles intensives et extensives
menées au mont Beuvray, le centre du cercle considéré
semble être encore sur Chalon. Et vous-même avez remarqué, au mont Beuvray, l'absence de monnaies éduennes en or ainsi
que la faible représentation de la province romaine de Transalpine , ce qui
ne manque pas d'étonner pour une Bibracte dont on connaît les liens commerciaux
privilégiés qu'elle entretenait avec Rome.
En outre,
l'exemple d'Alésia nous enseigne que les pertes de monnaies sont beaucoup plus
importantes dans une bataille de siège que dans la vie de tous les jours,
surtout quand la ville est prise et les habitants massacrés. Gorgobina ayant été assiégée deux fois et prise au moins
une fois d'après les Commentaires, il faut en tenir compte. Enfin, vu
les dépôts d'offrandes de la fontaine Saint-Pierre, on peut se demander si le
mont Beuvray n'était pas un site sacré pour les
Celtes, comme l'était l'Olympe pour les Grecs . Dans cette
hypothèse, sachant d'autre part que les Gaulois brûlaient leurs morts sur ce
genre de sites et qu'il jetaient des pièces de monnaie dans le bûcher, il est
tout à fait normal qu'on en trouve davantage au mont Beuvray
qu'au Mont-Saint-Vincent, pourtant vraie capitale du
pays éduen.
Par ailleurs, il
est étonnant de constater que les zones de répartition de la monnaie courante,
les potins, ne s'inscrivent pas dans les cercles de M. Colbert de Beaulieu,
mais s'étirent le long des grands couloirs de pénétration que sont, en
particulier, les fleuves. N'aurions-nous pas là une intéressante illustration
d'un effort de colonisation/civilisation à faciès monétaire qui aurait succédé,
tout en s'étalant dans le temps, à un effort de conquête ? les potins à
la grosse tête succédant à un effort de conquête depuis Bibracte (Mont-Saint-Vincent) en direction des sources du Danube, en
passant par la trouée des lacs suisses , les potins à
la tête diabolique
succédant à un effort de conquête depuis Gergovie (Le Crest) en descendant le
cours de la Loire. Enfin, les potins au personnage courant pourraient
s'expliquer par l'apparition en Gaule belge d'une troisième puissance dont
l'alliance avec la puissance éduenne sous la double autorité de Divitiac est attestée dans les Commentaires de César
avant la guerre des Gaules Ainsi
interprétés, ces trois types de potins confirmeraient l'existence des trois
puissances dont parle César: la puissance éduenne, la puissance arverne, et la
puissance belge.
A noter que dans
les deux premiers types de potins, c'est le taureau qui prédomine sur le
revers, souvent même stylisé à l'extrême. Or le taureau, avant d'être grec ou
marseillais, était un vieux symbole punique, voire phénicien, voire sumérien.
Or, que dit Diodore de Sicile? qu'Alisum/Alésia,
autrement dit Bibracte/Nuerax/Mont-Saint-Vincent,
aurait été fondée par les habitants de Tyr.
Le poète Pindare ajoute que
les sources du Danube étaient pour les Hyperboréens (nom poétique des Celtes,
habitants du Mont-Saint-Vincent) ce qu'était
le Nil pour les Ethiopiens. Ces deux témoignages importants confirment ce que
j'ai dit précédemment : "un effort de conquête d'origine phénicienne
depuis Bibracte (Mont-Saint-Vincent, ville des
Celtes) en direction des sources du Danube".
Bibracte au Mont-Saint-Vincent, voilà ce qui pourrait être la "clé" qui
permettra, demain, à la numismatique et à l'archéologie de se remettre en
question et de progresser.
Dans l'attente
de votre réponse, veuillez agréer, Madame, l'expression de mes hommages
respectueux.
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